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Conférence de Sophie de Gourcy : Le Tombeau de François II et Marguerite de Foix

Le Tombeau de François II
et Marguerite de Foix

Jeudi 15 février 2018, à 18h
Auditorium du Muséum d’Histoire Naturelle (12 rue Voltaire -Nantes)
Entrée libre et gratuite

Animée par Sophie de Gourcy – professeur d’Histoire de l’Art, auteur du livre  » Le tombeau des Ducs de Bretagne. Un Miroir des princes sculptés  » éditions. Beauchesne – 2015

Conférence organisée par  l’Association Nantes Renaissance.

Livre en vente à la librairie Dobrée

 

Conférence de Patrick Buisson : Progrès, République, Démocratie : la fin des mythes ?

Progrès, République, Démocratie : la fin des mythes ?
A l’occasion de la sortie de son livre : La grande histoire des guerre de Vendée.
Conférence au Château de la Poterie pour la Fête du livre de Nantes organisée par Chiré – Diffusion de la Pensée Française et la Librairie Dobrée.

La grande histoire des guerre de Vendée.

Qui mieux que l’auteur de La Cause du peuple et directeur de la chaîne Histoire pouvait mettre en mots et en images la guerre emblématique de la Contre-Révolution ? Patrick Buisson a réalisé de bout en bout ce superbe album qui comprend quelques 150 illustrations, dont de nombreuses méconnues ou inédites : tableaux, gravures, drapeaux, vitraux, emblèmes, armes et objets éclairent un texte original et enlevé qui fait une large place à des mémoires et témoignages contemporains.
« Dans ce monde qu’ils disent nouveau, nous sommes une jeunesse, Messieurs ! La jeunesse de la fidélité. La jeunesse de Dieu. » Charette
Patrick Buisson, historien, essayiste et politologue, dirige la chaîne Histoire. Il a publié en 2016 le best-seller La Cause du peuple. Il est également l’auteur de 1940-1945, années érotiques et d’une dizaine de films historiques.

Jullien Langella – Catholiques et identitaires De la Manif pour tous à la reconquête

Conférence de Julien Langella le 17 décembre 2017 à l’occasion de la fête du livre de Nantes organisée par la librairie Dobrée et Chiré – Diffusion de la Pensée Française.

 Julien Langella, co-fondateur de Génération Identitaire et vice-président de l’association Academia Christiana, présente son dernier livre :  Catholiques et identitaires – De la Manif pour tous à la reconquête, préfacé par l’abbé Guillaume de Tanoüarn.

De la tour de Babel à la théorie du genre, le même projet totalitaire traverse les siècles : faire table rase de toutes les différences qui structurent le genre humain (sexe, appartenance à un province, une nation ou à une civilisation) pour ériger un homme nouveau. Avortement, PMA-GPA, loi Taubira, mondialisation sauvage et Grand remplacement : ces phénomènes mortifères ne sont que les multiples têtes d’un nouvel hydre de Lernes. Tranchez une tête et une deuxième repousse aussitôt. C’est pourquoi Julien Langella lance un appel aux catholiques et à tous les hommes de bonne volonté : contre les apprentis sorciers qui veulent redessiner les contours de l’humanité, il faut engager une résistance totale. Soyons cohérents : il faut passer de la Manif pour tous à la reconquête intégrale. En s’appuyant sur la Bible et l’enseignement traditionnel de l’Eglise, l’auteur montre le lien évident qui unit le message chrétien au combat identitaire, et comment celui-ci pourrait bien être la condition de la survie de la Foi en Europe. Julien Langella a 30 ans, militant depuis ses 18 ans (à l’Action Française puis aux Jeunesses Identitaires), co-fondateur de Génération Identitaire en 2011 et vice-président de l’association Academia Christiana qu’il a rejoint en 2013.

Acheter le livre sur chire.fr

Julien Langella est également auteur du livre : La jeunesse au pouvoir

Conférence de Maître Jérôme Triomphe

 

 

Conférence de Maître Jérome Triomphe
(avocat des parents de Vincent Lambert)

Lois léonetti : de l’endormissement des consciences
à la sédation terminale

Vendredi 24 novembre – 20h30
Salle Bretagne, 23 rue Villebois Mareuil, Nantes
Entrée libre

 

Conférence – Faut-il changer l’homme ?

Conférence du Père Jean-Dominique O.P.

Faut-il changer l’homme ?

Réponse de la psychologie chrétienne

Jeudi 30 novembre – 20 heures

Salle Bonnaire, 1 rue du Koufra, Nantes.

Conférence organisée par le Mouvement de la Jeunesse Catholique de France à  l’occasion de la sortie du livre :

Adam, où es-tu ?

 

Le Père Jean Dominique, à la manière des auteurs du renouveau thomiste du XXème siècle, écrit toute une série de livre d’initiation à la philosophie réaliste. Nous connaissions sa Lettre à un curieux qui constitue une excellente introduction à la philosophie, puis les Sept leçons de politique qui donnent un résumé de tous les principes de philosophie politique. Adam, où es-tu ? est, quant à lui, un ouvrage de psychologie dressant les principes et les facultés de la nature humaine.

Entretien avec Xavier Martin

Entretien avec Xavier Martin (extrait) paru dans le numéro n° 74 (nouvelle série, juin 2017) de Lecture et Tradition – Propos recueillis par Jean-Baptiste Geffroy

Jean-Baptiste Geffroy : Xavier Martin, je rappellerai brièvement que vous êtes professeur émérite à l’université d’Angers où, pendant quarante ans vous avez enseigné l’histoire du droit et des idées. Historien du droit, c’est-à-dire pleinement historien et pleinement juriste. Cette double formation et cette double compétence expliquent le contenu de vos publications, très nombreuses et d’une grande portée scientifique. L’ensemble de votre production porte sur une période et un sujet bien circonscrits : le XVIIIe siècle, particulièrement la période des Lumières et la Révolution française.

Xavier Martin : Période circonscrite, oui, qu’en sont venues à amplifier, au fil du temps, les premières décennies du XIXe siècle. Surtout, période intense, puisqu’elle inclut la Révolution, qui à elle seule est un maelström de faits, de mots, d’idées, et qu’en outre s’y nichent les codifications (1801-1810), lesquelles aussi, par hypothèse, à l’historien du droit, mettent du pain sur la planche. Par ailleurs, comme peu à peu s’est imposée, car éclairante (et passionnante), une démarche d’esprit transdisciplinaire, je bats en fait de vastes champs, ce qui m’instruit, – et au besoin m’entretiendrait dans la conscience de mes limites.

J.-B. G. : Comment, à l’aube de votre carrière, s’est opéré ce choix ?

X. M. : Il n’y a pas eu de choix à l’aube de ma carrière, mais, en cours de route, une dérive fortuite, ou providentielle. Mes efforts se portaient sur le droit coutumier de l’ancienne France, particulièrement des provinces de l’Ouest, et spécialement du Maine et de l’Anjou, sous le rapport de la façon dont les populations avaient « vécu » leur système coutumier : dossier subtil, en des contrées où les habitants ont l’exquise sagesse de s’exprimer peu, et où l’historien – j’exagère à peine – parfois ne progresse que par recoupements de parlants silences. Cette randonnée au tréfonds de l’identité territoriale, de ses finesses et de son charme archaïsant, aurait suffi à mon bonheur intellectuel, et peu ou prou m’eût immergé dans la richesse patrimoniale et culturelle de ma contrée.

Et puis un jour, pour enrichir mes enseignements, donc à des fins exclusivement pédagogiques, m’est venue l’idée de dépouiller, page après page, l’immense corpus documentaire de l’élaboration législative du Code civil. Cette initiative, banale à mes yeux, en réalité était insolite : je ne l’ai compris qu’a posteriori. Elle m’a gratifié d’une révélation, presque d’un séisme : sur un point majeur, tous les manuels de droit civil, en ouverture, disaient, me semblait-il, le diamétral contraire de la réalité. Quel point majeur ? La conception de l’homme qui avait inspiré la codification. Elle était prétendue, par nos meilleurs ouvrages, très haute et optimiste, bref, exaltée, spiritualiste, etc. Or il était clair, dans la rhétorique des auteurs du Code, que pour l’essentiel, ils avaient en tête un modèle humain totalement inverse, qui fleurait nettement le pessimisme, le matérialisme, et la réduction. L’homme en vue duquel ils légiféraient ? Une petite machine mue par l’égoïsme. Telle était du moins, de façon diffuse, la tendance marquée, le « portrait-robot » en voie d’émergence, devant mes yeux ronds.

Cette révélation fut pour moi un choc. Il appelait réflexion et approfondissement, donc un rebours chronologique : d’où venait donc cette étrangeté ? Là est l’origine de mon itinéraire, donc celle de mes livres. Il n’y eut pas « choix » : je n’ai rien projeté, j’ai été projeté ! Et ce n’était plus « l’aube de ma carrière ». Le reste a suivi, chapelet d’étonnements, un à un digérés. Sur la même voie, trente ans plus tard et davantage, des étonnements surviennent toujours. Je m’étonne même parfois d’être encore étonné. Les péripéties très circonstanciées de cette aventure, souvent pittoresques, je les ai narrées dans mon Retour sur un Itinéraire. Du Code Napoléon au Siècle des Lumières(DMM, 2010) [1].

J.-B. G. : L’axe déterminant de vos recherches est un axe anthropologique, c’est-à-dire qui porte sur l’être humain, l’humanité, comme point d’accroche et comme critère d’explication de cette période du XVIIIe siècle et de l’histoire révolutionnaire. Cet axe original, et qui, si l’on peut dire, fait votre « marque », serait donc le produit de ce premier déclic ?

X. M. : Exactement. Quoique rien ne m’y eût préparé, je n’ai plus lâché ce fil d’Ariane inattendu, dont l’importance de principe était manifeste (la conception fondamentale qu’on a de l’homme !), et qui s’avérait gros d’éclairages neufs. En même temps, j’étais et demeure surpris que les collègues universitaires, souvent plus savants que moi, négligent entièrement cet angle d’approche « anthropologique », voire l’estiment saugrenu, tout en restant sans voix devant des résultats dont ils sont contrariés. L’un d’eux, un jour, m’a objecté dans un couloir, l’œil tristement inexpressif : « C’est de la philo », – grandiose illustration deméfaits douloureux qu’induit à l’occasion, dans le champ du savoir, un quant-à-soi trop étriqué des disciplines.

J.-B. G. : Le caractère spontanément « rétrospectif » de votre démarche vous a-t-il conduit à inventorier la Révolution avant les Lumières ?

X. M. : Je n’aurais su faire autrement. La confection du Code civil – 1801-1804 – fait suite immédiate à la décennie révolutionnaire. Des travaux préparatoires y afférents, en même temps qu’une vision pessimiste de l’homme (étonnante, je l’ai dit) se dégage une image nettement péjorative de la Révolution, elle-même, a priori, assez peu attendue. Entre les deux ? Un lien probable, à vérifier, naturellement, en remontant dans les années. La première « remontée » ne fut pas même à 1789, mais à cinq ans seulement, à 1794. La période « post-thermidorienne », second versant de la Révolution, qui va de l’élimination de Robespierre (27 juillet 1794) au coup de Brumaire (9-10 novembre 1799), est pessimiste, effectivement, sur l’être humain. Le traumatisme de la Terreur a d’autant plus « porté », que cinq ans plus tôt l’on avait rêvé d’un bonheur facile. Durant un temps, j’ai fignolé mes analyses à ce niveau d’explication, satisfaisant : s’élucidait avec clarté, de cette manière, le pessimisme, quant à l’homme, des rédacteurs du Code civil, trait visiblement « post-thermidorien », ce qui incidemment était invitation à relativiser la césure de Brumaire. Et l’arrière-fond philosophique de tout cela était en fait de type « hobbesien » – révélation frappante, peu douteuse à tout prendre, et néanmoins problématique à faire entendre et accepter [2].

Le sort voulut qu’alors survînt, riche en colloques, le bicentenaire de 1789, occasion de « tester », trois ou quatre fois, ces trouvailles récentes. La confrontation m’inquiétait beaucoup. D’abord, j’allais jouxter ici des spécialistes confirmés de la période en cause, à laquelle, comprend-on, je ne touchais moi-même que depuis peu d’années. Qui plus est, mon propos avait un autre objet que de servir la gloire de la Révolution, ce qui dans ces cénacles est plutôt téméraire, et tout spécialement dans l’enfièvrement des ébullitions commémoratives. Ces gens étaient savants, fervents et susceptibles, – et ils seraient en force. Enfin, me faut-il dire, et ce n’est pas le moins, je doutais de mes propres apports, tant la fibre en était improbable au regard de la vulgate académique. Pour tout dire je craignais (et souhaitais ?) qu’à bon droit l’on ne fît qu’une bouchée de mes propositions, me renvoyant ipso facto à mes études plus provinciales.

À mon étonnement (un de plus), aucune anicroche. Pas une objection, des silences figés, des sourires contraints, et ponctuellement, en aparté, mais à la stupeur de deux ou trois témoins, à la mienne aussi, l’enthousiaste adhésion d’un des ténors de la doxa – disons : (pour le moins) marxisante – de l’historiographie révolutionnaire en France. Tous deux depuis, de loin en loin, avons pérennisé quelques échanges courtois, et il vient même, dans des souvenirs, de reconnaître à mes travaux « une redoutable lucidité » ; j’ai eu la faiblesse d’en être touché, et méditatif sur le choix des mots.

J.-B. G. : À vous écouter, n’est-on pas fondé à considérer qu’on aurait pu en rester là ? L’étonnement premier, quant au pessimisme anthropologique de 1804, n’avait plus lieu d’être : n’aviez-vous pas en main la clé du paradoxe ? Pourquoi un pas supplémentaire de remontée, vers les Lumières ?

X. M. : Avoir rendu compte du pessimisme du regard des rédacteurs du Code civil sur l’être humain était satisfaisant, sans doute ; mais assez tôt, diffusément, j’ai entrevu que là n’était qu’un pan de la tâche, et pas le plus déterminant. À les lire, je sentais qu’il y avait davantage, qu’il y avait plus radical ; sous-tendait en effet leur propos, semblait-il, une vision réductrice de l’humain : une réduction à l’organique, une réduction au mécanique (lesquelles d’ailleurs, en bonne rigueur, eussent pu s’exclure). Était-ce aussi une retombée du traumatisme de la Terreur ? Dans mon premier élan, je l’avais voulu croire, et de l’ensemble, fagoté un peu trop vite un seul paquetage. Mais voilà que maintenant, dûment aiguillonné par la curiosité à titre exploratoire, d’un pas mal assuré, je tâtais le terrain du premier versant révolutionnaire, picorant çà et là dans son inépuisable logorrhée. Or dès cette première phase de la Révolution, des tics de langage, chez nos philanthropes, laissaient entendre effectivement, comme sous-jacente, cette réduction. Perspective intriguante : la vision volontiers mécaniste de la société, de la constitution, à strictement parler semblait devoir exclure – exorbitante amputation ! – le libre arbitre en l’être humain. Or c’était dès avant la Terreur. Constat troublant, pour un naïf, dans une Révolution labellisée essentiellement libératrice, portant aux nues l’Humanité, etc.

J.-B. G. : N’est-ce pas alors que vous êtes « tombé » sur la phrase percutante de Sieyès, que vous aimez citer ?

X. M. : Oui… J’hésitais même ici à récidiver, crainte de paraître radoter… Sieyès, en juin 1789, joue un rôle clé dans la rupture. Or au cœur du livre où six mois plus tôt il se donne la peine de théoriser cette opération (le fameux Qu’est-ce que le Tiers État ?), saute aux yeux ceci : « Jamais on ne comprendra le mécanisme social si on ne prend pas le parti d’analyser la société comme une machine ordinaire ». Ces mots décisifs, pointés en feuilletant simplement l’ouvrage, et qui semblaient, – c’était un comble, – n’avoir jamais intéressé personne, m’ont longtemps trotté dans la tête. Sieyès, reconnu pur produit des Lumières, et symbole même de l’explosion « libératrice » dont nous parlons, en exprimant les choses ainsi, réduit clairement les citoyens dont est tissée la société à un statut ontologique de simples rouages. N’est-ce pas, en soi, exorbitant ? Et n’est-il pas plus énorme encore que nul n’y prête attention ? Car on touche ici à du décisif, du fondamental : au regard de quoi, la pure dialectique de l’optimisme ou du pessimisme a son importance, mais superficielle.

Durant quelque deux à trois ans, je fus dans une situation étrange. J’étais fondé à présumer qu’en repérant et en tirant le fil anthropologique des Lumières françaises, « tout » allait venir, et que sous ce rapport elles risquaient d’apparaître pour le contraire de ce dont on les créditait (ce jugement de valeur compliquant la chose). Mais concrètement, que faire ? L’ampleur de l’enjeu n’aurait pu souffrir une enquête sommaire. Par où commencer ? Le temps nécessaire, la force mentale, me faisaient défaut pour y aller voir. Et j’enseignais, méditatif, la ritournelle académique sur les Lumières… Tout au plus énonçais-je sobrement quelque doute. Mais, brochant sur le tout, vu l’amplitude « copernicienne » du retournement qui se profilait, j’inclinais aussi à douter moi-même de mon propre doute.

Et puis, une conjoncture favorable a pris tournure, un déclic s’est produit – je ne peux, ici, que renvoyer à mon Retour sur un Itinéraire. Et l’immersion dans les Lumières a commencé, les fruits passant très vite « la promesse des fleurs ». Jusqu’alors, tout au plus m’autorisais-je à dire : des gens qui tiennent la société pour une machine ne peuvent admettre, logiquement, un libre arbitre en l’être humain. Bref, en la matière, prioritairement je les soupçonnais de se contredire. Il n’en était rien. Ils étaient logiques ! L’impossibilité du libre arbitre, certains d’entre eux, et non des moindres, avaient consacré des livres entiers à la démontrer ! Et les autres aussi en faisaient profession, comme d’une évidence. J’écarquillais les yeux, et fébrilement ouvrais des pistes, et testais des filières latérales, accumulant les recoupements et références…

J.-B. G. : La vue réductrice des Lumières sur l’homme, telle qu’elle ressort de vos ouvrages, est quelque chose d’ample et de cohérent, qui enveloppant la thématique du libre arbitre, l’excède un peu. Vous est-il possible de la résumer, pour nos lecteurs ?

X. M. : Réduction de l’homme à l’organique, absence de frontière entre l’humanité et l’animalité, réduction de tous les phénomènes d’intériorité à une chimie (automatique, par hypothèse) des sensations (avec refus problématique de prendre en compte, dans la sensation, la part de conscience et ce qu’elle implique), réduction de l’homme et de l’animal à des mécaniques, qui ont pour carburant l’intérêt égoïste, réduction de toute « volonté » à la pulsion machinalement conditionnée qui dans l’instant commande le geste ou la parole, ou l’abstention… Diderot a tout dit en quatorze mots : « L’homme et l’animal ne sont que des machines de chair ou sensibles »… L’exégèse de ce sobre et limpide énoncé suffirait à nourrir un traité complet de l’anthropologie des Lumières françaises, qui demeure sous-jacente dans la Révolution, et qui affleure, au minimum, dans les travaux préparatoires du Code civil. Diderot écrit ces mots dans un ouvrage où un « spécialiste », de la Sorbonne, invite à goûter « toute la fraîcheur de son humanisme », parlant là sans rire. On mesure le problème !

J.-B. G. : Précisément, quelles réactions a suscitées cet approfondissement de vos découvertes ?

X. M. : D’autres colloques de bicentenaires, en 1992 (la République) et 1993 (soulèvement vendéen, sévère intensification du bonheur national…) rendaient possible un nouveau test. Là, clairement j’ai déplu, à certains. Ayant eu l’intuition d’appliquer au dossier vendéen – comme ça, « pour voir » – les catégories anthropologiques des Lumières, je me suis trouvé en mesure de démontrer, à la faveur d’un de ces colloques, avec une facilité que je n’ose dire déconcertante, que le massacre était, moins une entorse aux « grands principes » des philosophes en général, que tout simplement la mise en action de leurs convictions anthropologiques. Les insurgés, effectivement, pouvais-je montrer, n’étaient éligibles ni aux droits du citoyen, ni aux droits de l’homme, n’étant en bonne rigueur, dans la logique du temps, par leur comportement, par leur positionnement, ni citoyens, ni hommes. La démonstration tressait en bouquet force citations, d’une part des philosophes, et d’autre part des exterminateurs, à Paris ou sur le terrain. La congruence était frappante, excédant de loin mon pressentiment. Animalisation, sous-humanisation des peuples insurgés, notamment, ne prêtaient guère à doute, procédant des Lumières en droite ligne, et facilitant psychologiquement l’extermination.

L’affaire donna lieu à un incident, qui tourna au sketch. À la tribune où je parlais, le collègue organisateur des journées, loin de me dire sa gratitude confraternelle pour l’effort de renouvellement des perspectives (et les fatigues du déplacement), crut vivre un naufrage de son grave colloque (sur « Les Déclarations des droits de l’an I » : une belle affiche !), il rougeoya comme un bonnet républicain ou une tomate, se fit colère, et voua l’intrus aux gémonies, sans glapir – forcément – un début d’argument raisonné. Le président de séance, abruti d’honneurs de carrière, désertant son rôle de « modérateur », crut approprié à la circonstance d’y aller de sa petite vilenie. Son estimation s’avéra fautive : toute l’assistance, hélas nombreuse, était hilare. Seule une dame sèche et toute en nerfs, au premier rang, précipitée à leur secours, battit des mains frénétiquement, contribution insuffisante au difficile maintien à flot de l’impayable Titanic en perdition… La scène se passait à Poitiers. Il me semble, d’ailleurs, que vous étiez présent.

J.-B. G. : Je m’en souviens comme si c’était hier. Je ne suis pas le seul. J’ai vu le choc, je dirais presque la panique que votre réflexion pouvait produire sur les gardiens du temple…

X. M. : Cette expérience désopilante, qui était la seconde du genre en un an, eut quant à mon parcours, un heureux effet d’accélération. Je n’avais, jusqu’alors, consigné le résultat de mes recherches que dans des publications universitaires (revues et Actes de colloques), dont la grande vertu est qu’on est certain d’y être peu lu. Ces textes, tout de même, me vaudront une nomination fort inopinée, en 2001, au « Comité scientifique pour la célébration du deuxième Centenaire du Code civil », trois ans plus tard. Mais dans l’immédiat allait sonner l’heure de franchir un pas : j’éprouvais enfin, devant l’inconvenance, l’inéducation, des contradicteurs dénués d’arguments, l’opportunité de risquer un livre. Par chance providentielle, un patient éditeur m’ « attendait ». Un an ou deux auparavant, Monsieur Paul-Louis Michaux, de « Dominique Martin Morin » (DMM), qu’avait atteint l’un de mes articles (on n’est jamais assez prudent), m’avait « tendu une perche », pour le cas où, pour le jour où… : il était « prêt ». L’Angevin, non brusqué, n’avait pas dit non. Je reste persuadé – quoique lui-même dise n’en rien croire – que n’eût été cette obligeante initiative, alors que nous ne nous connaissions pas personnellement, je n’en serais jamais venu à rédiger des livres. Lire la suite dans notre numéro

[1] –  Une version allégée a été en même temps éditée : Trente Années d’Étonnement. Péripéties d’une randonnée intellectuelle (DMM, 2010).

[2] – Sur ce point précis, de grande importance, mais un peu trop long à circonstancier, cf. mon Mythologie du Code Napoléon (DMM, 2003), le chapitre 2.

Fête du Livre de Nantes
dimanche 17 décembre

Fête du Livre de Nantes

organisée par la Librairie Dobrée et Chiré Diffusion de la Pensée Française
Dimanche 17 décembre de 13 h 30 à 19 h
Château de la Poterie (44240 La Chapelle-sur-Erdre)

Au programme dédicaces d'auteurs et conférences - Grand choix de livres neufs - Nombreux livres pour enfants, pour les fêtes de fin d'année.
Réservez dès maintenant cette date dans votre agenda !

Programme

13h00 : Ouverture aux Auteurs
13h30 : Ouverture au Public, visite du stand de la librairie, dédicaces...
14h00 : Conférence de Julien LANGELLA : Catholiques et identitaires
14h30 : Rencontres avec les auteurs, visite du stand de la librairie, dédicaces...
16h00 : Conférence de Henri SERVIEN, sur les guerres de Vendée, à l'occasion de la réédition de son livre "Petite histoire des guerres de Vendée"
16h30 : Conférence de Patrick BUISSON : Progrès, République, Démocratie : la fin des mythes ?
18h30 : Apéritif servi par l'équipe de Chiré
19h30 : Clôture.

Entrée

Les frais d'organisation pour de telles journées sont particulièrement importants c'est pourquoi nous demandons une participation :

Tarif normal : 5 Euros 
-25 ans : gratuit

Château de la Poterie

Adresse :
Château de la Poterie,
La Poterie,
44240 La Chapelle-sur-Erdre
 
Transport :
en voiture prendre la sortie n°25 porte de La Chapelle
Si nous arrivez en train nous vous proposons de prendre à la gare de Nantes, le tram-train "Nantes-Châteaubriant" et vous vous arrêtez à l'arrêt Erdre Active, cet arrêt est à 1 km du château.

Vous aimez lire : devenez bénévole !

Vous aimez les livres, vous avez un peu de temps libre à consacrer :

Devenez bénévole !

 

L’association des amis de la librairie recherche des bénévoles pour venir quelques heures par semaine aider au développement de la librairie et permettre ainsi de remettre en place des conférences, dédicaces, etc.

Ne laissez pas votre librairie préférée disparaître !

Prenez contact avec le libraire Emmanuel Porcher.

ASSOCIATION DES AMIS DE LA LIBRAIRIE DOBREE
14 rue Voltaire, 44000 NANTES
Tél : 02 40 69 84 84
info@librairiedobree.com

Histoire de la librairie Dobrée depuis 1978

Né à Alger, j’avais 20 ans en 1956 ; la guerre d’Algérie prenant de l’ampleur, la carrière militaire me parut la voie toute tracée pour participer à la défense de notre terre. Deux ans à Saint-Cyr au camp de Coëtquidan, un an d’application à Saint-Maixent, et ce fut le départ en Algérie. Bref séjour de quelques mois brutalement stoppé par le putsch d’avril 1961 et la mutation en métropole ; mais la situation devenant de plus en plus dramatique, j’y retournai clandestinement pour me joindre à ceux qui tentaient de résister. Arrêté le 1er avril dans le maquis de l’Ouarsenis, deux ans et demi suivirent, logé et nourri aux frais de l’Etat…

Puis treize années se passèrent, dont dix en Afrique, à faire des routes et des pistes d’aérodromes. Alors que j’étais en poste à Nantes, on me remercia aimablement en 1978. Que faire ?

Pendant quelques semaines j’envisageais avec ma femme plusieurs possibilités, étant de toute façon décidé à créer quelque chose. Nous avons songé un moment à un magasin d’alimentation biologique, nous avions même été voir M. Racineux à Châteaubriant, mais ce ne fut qu’un songe. Et puis une vieille idée remonta à la surface, celle de monter une librairie… Des amis m’encouragèrent vivement, et je ne sais plus qui me parla de Chiré ; j’avoue humblement que je n’en avais jamais entendu parler ; à ma décharge, je venais d’arriver à Nantes dans un métier où la littérature n’était pas au premier rang des préoccupations, et mes dix années d’Afrique m’avaient un tant soit peu coupé de la vie culturelle…

Cet ami me parla donc de la DPF, et je vis tout de suite quel centre d’intérêt cela pouvait représenter. Car avoir l’idée d’une librairie, c’est une chose, mais la réaliser en est une autre.

D’instinct il était évident pour moi que le métier de libraire ne consistait pas à vendre du papier, quel qu’il soit, mais de choisir, conseiller et si possible vendre de « bons » bouquins. Or je n’avais aucune notion au départ de ce que j’allais mettre dans les rayons ; j’avais une culture générale de bon aloi, mais je sentais bien que cela ne suffisait pas pour constituer un fonds de librairie « bien pensante ».

Un beau jour, et ce fut vraiment un beau jour, je téléphonai à Jean Auguy pour lui parler de mon projet. Je crois que de son côté, il fut vite séduit par cette perspective d’une « bonne » librairie dans le grand ouest, lui qui a toujours rêvé d’un réseau de libraires amis pour coiffer tout le territoire et tenter d’endiguer la marée de librairies « politiquement correctes ».

Quelques jours après, je débarquai dans ce charmant petit village de Chiré-en-Montreuil, empruntai la ruelle qui conduisait à la vieille école, sa cour tranquille ombragée par un arbre plus que centenaire, et montai un peu intimidé l’escalier qui menait au bureau de Jean Auguy. Quand je dis bureau, c’est plutôt capharnaüm qu’il faudrait dire ! Et quel capharnaüm ! Des monceaux de livres empilés dans tous les coins, des journaux, des revues, des documents, dont une quantité impressionnante sur le bureau lui-même, par-dessus lesquels on pouvait apercevoir par temps clair Jean Auguy, impassible et aussi tranquille que la cour sur laquelle donnait sa fenêtre. Il n’y avait pas besoin d’annoncer la couleur, (pardon pour la familiarité de l’expression !), puisque la première chose qui sautait aux yeux, derrière lui, était un portrait du Maréchal Pétain… Et j’ai trouvé cela fort bien.

Une longue conversation jeta les jalons d’une entente et d’une coopération de 25 ans… Il fut décidé que je prendrais tous les titres que diffusait ou éditait Chiré ; en contrepartie, pour me faire connaître des clients de la DPF, les bulletins diffusés très régulièrement indiqueraient notre adresse. Et la grande aventure commença. Outre les travaux considérables d’aménagement du local que nous avions loué, rez-de-chaussée et étage, il fallait éplucher les catalogues de quantité de maisons d’éditions pour constituer un stock qui se tienne. Je me souviens être allé près du Puy voir Madame Delastre pour des conseils sur les éditeurs de jeunesse, ce fut une aide précieuse.

J’allai voir aussi le Marquis de la Franquerie pour lui demander des conseils. Et petit à petit, les travaux de se terminer et les cartons de s’entasser par centaines… J’ai eu, Dieu merci, beaucoup d’amis pour m’aider à trier, étiqueter et ranger cet énorme fatras. Le premier livre vendu, bien avant l’ouverture de la librairie, fut Le souverain seigneur de La Varende ; cela me parut de bon augure.

Et puis, le 17 octobre 1978 (Jean-Paul II avait été élu la veille au soir), la librairie fut bénie par M. l’abbé Vérité, et ouverte au public. Je ne peux pas dire que ce fut une ruée irrésistible, mais peu à peu, les clients vinrent, dont un bon nombre par les annonces de Chiré. Les années commencèrent à s’additionner, ponctuées par des signatures d’auteurs amis : Régine Pernoud, Paul Del Perugia, Henri Servien, Philbert Doré-Graslin, André Giresse, Saint-Loup, Jean Raspail, Vladimir Volkoff, Virgil Gheorghiu, Slavinsky, Pierre Montagnon, Hélie de Saint-Marc, Georges Fleury, et l’un des plus chers à mon coeur : Jacques Perret.

Une rencontre fortuite devait avoir quelques années plus tard une grande influence sur la librairie ; ce fut celle de René Martin, organisateur de concerts ; il commença sa carrière exactement au moment où nous ouvrions la librairie, et quand ses activités prirent de l’ampleur, il eut la bonne idée de me proposer de tenir une librairie musicale dans toutes ses manifestations.

Cela commença par la Baule, aux « Moments musicaux de l’Hermitage », puis au Festival de piano de la Roque d’Anthéron, à la Grange de Meslay près de Tours, à l’Abbaye de Fontevraud, et enfin à la Folle Journée de Nantes. Toutes ces activités me furent une aide très importante, et je suis heureux que mon successeur, Tilo Wilke, puisse les continuer. Car, c’est peut-être une constatation un peu triste, mais réelle, une librairie « traditionnelle » ne peut vivre que très difficilement de ce qui est sa raison d’être, du moins en province. Surtout quand on a charge d’âmes nombreuses.

Je ne veux surtout pas décourager des jeunes de se lancer dans cette aventure, car c’est réellement une aventure de tous les jours. Il n’y a pas de routine, il faut sans cesse être à l’affût, chercher, découvrir, s’informer, choisir et conseiller. C’est vraiment une des plus grandes satisfactions que de faire découvrir aux clients qui deviennent souvent des amis, un auteur, un titre et de les faire aimer.

Un des rares conseils que je puisse donner, c’est la prudence, surtout au départ. Un de mes amis, voyant tout ce qui s’accumulait dans les rayons, me dit : « Tu te constitues une belle bibliothèque, mais es-tu sûr de pouvoir la vendre ? » ; il avait parfaitement raison ; j’avais choisi bien des livres que j’avais aimés, ce qui en soi n’était pas une mauvaise chose, mais alourdissait considérablement le stock. Il vaut mieux démarrer avec un bon fonds, mais léger, et l’augmenter peu à peu pour ne pas être asphyxié financièrement.

Je ne veux pas terminer cette petite rétrospective sans remercier Jean Auguy de son aide tout au long de ces années. C’est un soutien très fort de ne pas se sentir seul, même s’il faut se débrouiller avec ses propres moyens. Et je souhaite vivement, dans cette époque difficile et malfaisante, que son rêve de toujours puisse se réaliser : voir de plus en plus de petits pôles de résistance à la « pensée unique » se créer un peu partout.

Que la Divine Providence y veille…

 

NDLR – Après avoir lu le texte ci-dessus, vous n’ignorez plus qui est Marc Prohom… Un quart de siècle en librairie (par Marc Prohom) – Article paru dans le n°21 des Cahiers de Chiré (2006)

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Les cloches sonneront-elles encore demain ? Conférence de Philippe de Villiers

Conférence donnée à l’occasion de la grande fête du livre le dimanche 11 décembre au château de la Poterie organisée par Chiré et la Librairie Dobrée